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Chapitre
5. LE TÉLÉTRAVAIL ET LES TÉLÉSERVICES
AU SERVICE DES ENTREPRISES
Face
aux nombreuses formules qu'offrent le télétravail et les
téléservices, le chef d'entreprise se doit de choisir celle
qui correspond le mieux à la nature de l'activité de son
entreprise et au degré d'autonomie qu'il souhaite accorder
à son personnel.
1.
Les
principales formes de télétravail adoptables au sein de
l'entreprise
Parmi
les nombreuses formes de télétravail expérimentées par les
entreprises, quatre sont plus particulièrement appelées
à connaître un essor important dans les prochaines années,
en raison des perspectives offertes par l'aménagement de
la durée du travail.
1.1.
Le
télétravail mobile
Cette
forme de télétravail est surtout utilisée par des agents
d'assurance et commerciaux, des travailleurs indépendants
ou des professions intellectuelles qui, ne faisant pas de
différence entre leur domicile et leur lieu de travail,
transportent avec eux leur bureau sous forme de disquette.
Qualifiée
de spontanée, elle est le plus souvent souterraine. Elle
est initiée par le salarié lui-même, généralement un cadre,
qui prolonge presque naturellement son bureau à l'extérieur
de son entreprise : chez lui, dans un hôtel, chez un client
ou dans un salon professionnel.
Il
se sert alors du téléphone, du télécopieur, du micro-ordinateur
portable équipé d'un modem et gagne ainsi en souplesse et
en réactivité, sans perturber l'organisation de son entreprise.
1.2.
Le télétravail à domicile
Cette
deuxième forme de télétravail n'a rien à voir avec le travail
à domicile traditionnel, tant du point de vue des qualifications
professionnelles nécessaires que des modes d'organisation
du travail et de liaisons avec l'entreprise.
Il
peut s'agir d'un employé dont l'entreprise aura équipé le
domicile en moyens de télécommunications, mais aussi d'un
travailleur indépendant pourvu des mêmes moyens et agissant
en sous-traitant pour plusieurs entreprises.
Cette
forme de télétravail, convient pour des localisations très
isolées, où les déplacements sont particulièrement difficiles
(petites îles, régions fortement enneignées…), à condition
que les infrastructures de télécommunications et les services
y soient suffisamment développés. Elle convient également
pour des personnes ayant une charge de famille qui les empêche
de pratiquer des horaires de bureau classiques et pour des
personnes à mobilité réduite.
1.3.
Le télétravail mixte ou pendulaire
C'est
le travail à distance effectué par des employés qui ne se
rendent au siège de l'entreprise qu'un ou deux jours par
semaine pour des réunions et qui peuvent effectuer le reste
de leur travail chez eux, étant reliés par des liaisons
directes de télécommunication à leur entreprise.
Cette
forme de télétravail ne nécessite pas une centralisation
aussi forte du réseau de télécommunication que le travail
à domicile.
Certaines
professions qui pourraient s'exercer selon une formule entièrement
télétravail se prêtent bien à cette forme mixte. C'est le
cas des professions nécessitant un contact avec autrui,
alterné avec des périodes de concentration et d'isolement,
comme les journalistes, les universitaires, les rédacteurs,
les programmeurs ou certains cadres.
Des
entreprises comme Les Mutuelles Unies, France Télécom, Le
Monde, Digital Equipement ou des administrations comme le
Rectorat de l'académie de Bordeaux, ont adopté avec succès
ce système.
Les
horaires durant lesquels le salarié doit se trouver à son
bureau ou à son domicile doivent être clairement établis.
Le salarié est volontaire, son équipement à domicile et
ses frais de communication sont pris en charge par l'employeur
et il conserve tous les avantages attachés à sa fonction.
1.4.
Le télédéploiement d'activité
Le
télédéploiement d'activité appelé aussi bureau satellite
est adopté par l'entreprise désireuse de regrouper une partie
de son personnel dans les locaux éloignés du bureau habituel,
le plus souvent dans une localisation proche du domicile
de ces employés. Ce bureau satellite dispose de liaisons
constantes avec le siège de l'entreprise (contacts téléphoniques,
partage de fichiers…).
Cette
formule permet aux entreprise de délocaliser certaines activités
(saisie informatique, secrétariat par exemple) en diminuant
leurs frais par rapport à des implantations situées dans
les grands centres urbains, en gagnant sur le prix du mètre
carré de bureau et sur le temps passé dans les transports.
Cette
forme de télétravail peut s'appuyer sur l'existence d'un
réseau qui relie entre eux les ordinateurs ou les lieux
de travail dispersés dans une ville, un pays ou dans le
monde.
Dans
la forme la plus achevée, l'entreprise n'est plus qu'un
énorme réseau informatique très structuré dont les ramifications
conduisent au domicile des télétravailleurs.
L'exemple
du groupe Educatel est souvent cité : spécialisé dans l'enseignement
à distance et basé à Rouen, ce groupe travaille avec 250
professeurs dont les trois quarts résident en dehors de
la Région Haute-Normandie.
Ce
télédéploiement présente l'avantage d'éviter la concentration
des professeurs à Rouen et, pour le groupe, de pouvoir recruter
des enseignants en fonction de leurs compétences sur tout
le territoire national.
2.
L'apport
des sociétés de téléservices
Tout
autant que le télétravail, les téléservices offrent une
gamme de prestations très variées aux entreprises qui souhaitent
se recentrer sur leur métier de base et se dessaisir de
leurs tâches de secrétariat, de traduction, de surveillance
et de diffusion de l'information.
Comme
nous l'avons montré dans le chapitre précédent, ces sociétés
de téléservices s'intéressent aux besoins d'une société
postindustrielle qui consomme de plus en plus d'informations,
de compétences spécialisées et de services, et qui doit
faire face aux évolutions rapides des connaissances et des
savoir-faire.
Parmi
les sept grands domaines[1]
d'application que couvrent les prestations offertes par
les téléservices, nous nous arrêterons ici sur la télétraduction
et sur la téléinformation. Le télésecrétariat fera l'objet
d'un développement particulier puisqu'il concerne l'objet
de notre étude.
2.1.
La télétraduction
Ce
créneau des téléservices utilise le multimédia (fusion de
l'informatique, de la vidéo et des télécommunications).
Les
sociétés de télétraduction proposent des services d'interprète
ou de télétraduction.
Le
centre de télétraduction Voltaire de Lunéville (Meurthe-et-Moselle)
constitue le premier pôle français d'un réseau international.
Il gère au niveau national les relations avec les usagers
du service, l'échange de données avec les traducteurs, et
sur le plan international, la communication avec des centres
à l'étranger.
Ce
nœud de réseau assure la gestion, les traductions de très
haut niveau, le contrôle de qualité et des fonctions éditoriales
(mise en page).
Il
offre aux entreprises, petites ou grandes, une gamme de
prestations comprenant la traduction de 60 couples de langues,
l'adaptation de produits et de nouveaux marchés, la terminologie,
le conseil et la formation.
Des
traducteurs indépendants sont reliés au centre. Ils peuvent
consulter en cours de traduction et à partir de leur station
de travail, la base de données terminologique implantée
dans ce centre.
2.2.
La téléinformation
L'information
constitue le matériau qui se prête le mieux au télétravail.
Ainsi, ont été créés des centres de renseignements fonctionnant
le cas échéant en numéro vert et couvrant un secteur de
clientèle pour une ou deux entreprises.
De
même, le stockage et la gestion de supports d'information
peuvent être externalisés, comme c'est le cas
La
saisie d'informations (création de banques de données type
catalogues), la mise au point de documents d'information
sous forme d'images (télédiagnostic pour les hôpitaux, téléimagerie…)
et surtout le développement de logiciels informatiques et
de programmation, constituent un champ d'activité des téléservices
qui s'élargit en permanence.
En
effet, avec une croissance annuelle de 20 %, le logiciel
et principalement le progiciel, reste le marché le plus
florissant de l'informatique. Il est à prévoir que les grandes
entreprises qui entrent pour plus de 40 % dans la dépense
informatique globale de la France, seront les principaux
clients de ce type de téléservice.
Compte
tenu des réalités de l'informatique, les opérations d'écriture
de programmes et de systèmes d'exploitation paraissent les
plus faciles à décentraliser. C'est en effet dans ce domaine
que l'entreprise peut avoir besoin de faire appel à des
compétences dont elle ne dispose en interne et qui seraient
inutiles à temps plein.
Toutefois,
dans tous les cas, il est indispensable que l'entreprise
faisant appel à une société de téléservices garde la maîtrise
du projet global. C'est ainsi que les phases de spécification
(initialisation) et d'intégration (validation, contrôle,
intégration dans le processus global de production) doivent
demeurer dans l'entreprise. Seules les étapes intermédiaires
peuvent valablement être réalisées hors de l'entreprise.
3.
Les
avantages économiques escomptés par le chef d'entreprise
Les
motivations le plus souvent mises en avant par les chefs
d'entreprises, quand ils s'expriment sur les avantages du
télétravail et des téléservices, ont trait à la réduction
des charges d'exploitation, à l'amélioration de la productivité,
à l'augmentation de la flexibilité et aux possibilités de
recruter plus facilement des cadres et des agents sur le
marché de l'emploi.
3.1
La réduction de certaines charges d'exploitation
Pour
de nombreux chefs d'entreprises, la mise en place du télétravail
dans leur organisation permet de réduire les charges liées
au transport du personnel, à la location de bureaux en milieu
urbain, aux salaires.
3.1.1.
Charges liées à la location de bureaux en milieu
urbain
Dans
toute agglomération importante, les entreprises sont confrontées
au prix très élevés de la location de bureaux.
Pour
réduire ces coûts, deux applications différentes du télétravail
ont été mises en œuvre :
·
Dans
la première, l'entreprise peut envisager la création d'un
bureau satellite situé en zone rurale, qui bénéficiera d'un
loyer plus modéré.
·
Dans
la seconde, l'entreprise peut faire travailler une partie
du personnel depuis son domicile ou depuis un centre télématique
indépendant (bureau de voisinage, en Ile-de-France). Dans
les deux cas, il est souvent nécessaire que les télétravailleurs
se rendent périodiquement au siège de la société. Celle-ci
doit donc prévoir, en même temps que la réduction des bureaux,
une réorganisation spatiale permettant l'utilisation de
"bureaux partagés".
Pratiquée
au domicile du salarié ou dans un télélocal de voisinage
regroupant plusieurs individus, la délocalisation du travail
peut aider les entreprises à réduire leurs coûts immobiliers.
En
effet, les coûts supplémentaires d'équipement et de gestion
inhérents au télétravail sont généralement compensés par
les économies réalisées sur les frais généraux.
C'est
le cas d'IBM qui a réduit d'un quart ses besoins immobiliers
en région parisienne en équipant 2 500 de ses collaborateurs
(soit 20 % de ses effectifs en France) d'un portable, d'un
modem et d'un téléphone mobile.
La
firme a ainsi réduit les besoins individuels de ses commerciaux
de 12 à 4 m², réalisant une économie de loyer de 180 millions
de francs par an.
3.1.2.
Charges liées au transport
Elles
concernent tout d'abord des charges liées au déplacement
journalier du personnel. Dans certains pays européens, les
entreprises ont en effet l'obligation de prendre en charge
une partie des frais de transport de leurs employés.
C'est
par exemple le cas de la France pour les entreprises de
la région parisienne. Limiter en durée ou en fréquence ce
déplacement quotidien est un des objectifs poursuivis ou
une des conséquences positives du télétravail.
A
cela il convient d'ajouter pour les entreprises des avantages
indirects : fin du remboursement à 50 % de la carte de transport,
économies sur les cantines et les crèches d'entreprise,
rôle plus limité joué par les comités d'entreprise…
3.1.3.
Charges salariales
Un
autre avantage de la délocalisation du travail pour les
entreprises est la différence de salaire qui peut exister
entre les grandes villes et la province.
Toute
délocalisation loin de la capitale se traduit à terme par
des réductions salariales puisque les rémunérations restent
de 20 à 30 % moins élevées en province.
Dans
des pays comme la Grande-Bretagne et l'Allemagne, des expériences
de télétravail s'appuient sur un changement de statut des
employés concernés, qui deviennent des travailleurs indépendants,
auxquels l'entreprise sous-traite le travail. Les sociétés
se trouvant dans ce cas, mettent bien entendu en avant les
économies réalisées sur les charges sociales.
Un
calcul réalisé en 1993 par le magazine L'Entreprise[2],
démontre qu'une prestation effectuée par une secrétaire
salariée revient à 110 000 francs par an. Réalisée par une
travailleuse indépendante à domicile, elle revient seulement
à 36 000 francs, soit 3 000 francs par mois.
De
même, un informaticien salarié est rémunéré 500 000 francs
par an. Travailleur à domicile, il remplit la même tâche
pour un coût annuel de 200 000 francs (5 jours par mois
sur 11 mois).
Cette
pratique encourage la création d'entreprise, élément important
pour les zones rurales.
3.2.
La solution à certains problèmes de recrutement
C'est
là encore une des motivations principales qui poussent les
décideurs à envisager le télétravail. Plusieurs cas de figure
peuvent se présenter.
3.2.1. L'entreprise
est confrontée dans son secteur à une rareté de main-d'œuvre
qualifiée
Il
s'agit, dans ce cas, non seulement de conserver les compétences
existant déjà dans l'entreprise, mais également d'avoir
la possibilité d'employer des personnes aux qualifications
recherchées, situées très loin de l'entreprise.
Cela
est rendu possible en leur permettant de travailler à distance.
Par
ce procédé, l'entreprise a accès à un pôle de compétences
plus vaste, puisqu'elle n'est pas contrainte d'embaucher
dans un rayon d'accessibilité ou d'embaucher du personnel
acceptant de déménager.
3.2.2.
Les compétences recherchées existent mais sont disséminées
sur un territoire assez important
Ce
cas peut être illustré par une société de traduction en
Grande-Bretagne, qui fait travailler à distance une centaine
de traducteurs répartis dans tout le pays et en Europe.
3.2.3.
L'entreprise
souhaite conserver ou employer un personnel hautement qualifié
C'est
le cas très fréquent de ces femmes, et de plus en plus aujourd'hui
de ces hommes, qui présentent des qualifications importantes
ou des compétences rares et qui désirent quitter leur emploi
pour élever leurs enfants.
En
leur proposant de travailler depuis leur domicile, le plus
souvent à temps partiel, l'entreprise leur permet de concilier
vie familiale et professionnelle, et peut ainsi continuer
à bénéficier de leurs compétences.
Lorsque
des salariés très formés (et donc difficiles à remplacer)
se voient offrir une possibilité de télétravail, ils restent
plus attachés à l'entreprise. Ainsi, dans une compagnie
d'assurances, certaines femmes enceintes ont accepté de
travailler à domicile pendant une partie de leur congé de
maternité alors même que du personnel de remplacement était
introuvable.
Le
télétravail permet également de tirer parti d'une main-d'œuvre
contrainte de rester à la maison ou qui réside dans des
zones économiquement déprimées, surtout quand il s'agit
de pourvoir des postes pour lesquels les effectifs qualifiés
sont insuffisants.
Finalement,
il peut intéresser les personnes qui cherchent un lieu de
résidence plus agréable ou le moyen de concilier vie familiale,
loisirs et travail.
Parfois
aussi le télétravail, en réduisant la rotation du personnel,
permet aux pouvoirs publics d'assurer des services plus
réguliers et plus efficaces.
3.2.4.
L'entreprise connaît un taux de renouvellement du
personnel trop important et cherche à le réduire
Le
télétravail proposé aux employés apparaît dans ce cas comme
un avantage par rapport à la concurrence, et peut contribuer
à une meilleure rétention de la main-d'œuvre au sein de
l'entreprise.
3.3.
L'amélioration de la productivité
Le
surcroît d'autonomie et de mobilité que le télétravail assure
au travailleur est source de gains de productivité, d'améliorations
dans l'aménagement du temps de travail et de nouvelles possibilités
d'emploi pour diverses catégories de travailleurs, et cela
quasiment sans limites géographiques.
Pour
reprendre le cas d'IBM (cité page 7), la production individuelle
s'est accrue : les ingénieurs passent maintenant 45 % de
leur temps chez les clients, contre moins du tiers avant.
Ce qui a généré une augmentation du chiffre d'affaires permettant
"d'amortir en trois mois l'opération".
Par
ailleurs, dans le même temps, la crise économique incite
les entreprises à favoriser la motivation des salariés
pour augmenter leur productivité. En effet, un employé
qui a la possibilité de travailler dans de meilleures conditions
sera plus motivé pour le travail qu'il réalise. D'autre
part, cette plus grande motivation ajoutée à une réduction
du stress a également pour effet une diminution certaine
de l'absentéisme.
De
plus, il a été observé qu'une expérience de télétravail
a pour conséquence une amélioration de la qualité du
travail effectué. On peut trouver plusieurs raisons
à cela : d'une part, le télétravailleur, qui est déjà responsabilisé
au niveau de la gestion de ses horaires, le devient beaucoup
plus pour son travail qu'il contrôle davantage lui-même.
D'autre part, le télétravail ne permettant guère un contrôle
des heures réellement travaillées, la plupart des opérations
de télétravail sont basées sur un contrôle des résultats,
à savoir une certaine quantité de travail qui soit de qualité.
Enfin
il arrive que des entreprises encouragent la pratique du
télétravail dans le but de favoriser la créativité de leurs
employés ou bien d'éviter pour certains les nombreuses distractions
et perturbations qui peuvent intervenir dans l'environnement
de l'établissement.
3.4.
L'augmentation de la flexibilité
L'intensification
de la concurrence, la course technologique, l'instabilité
de la demande imposent aux entreprises une flexibilité accrue.
Le
télétravail peut permettre à l'entreprise d'être plus flexible
car il lui donne la possibilité de mieux gérer les surcharges
de travail. |