|
Chapitre
4.
LES ACTIVITES DE SERVICES
TELETRAVAIL, TELESERVICES
1.
Le secteur tertiaire : ses emplois, ses produits
Les
années 1970 ont vu naître l’ère postindustrielle et avec
elle l’économie des services.
Le
secteur tertiaire qui couvre une grande partie des
activités de services emploie aujourd’hui en France plus
de 13 millions de personnes et compte pour plus de la moitié
du produit intérieur brut.
Les
effectifs du tertiaire se sont accrus de 50 % en 15 ans
dans notre pays en passant de :
·
7,2
millions en 1962
·
à
11,3 millions en 1977
·
à
12,5 millions en 1982
·
à
14,6 millions en 1995
et
devraient dépasser 15 millions en l’an 2000.
Tandis
que les secteurs primaire et secondaire regroupent des activités
précises et bien définies, le secteur tertiaire se caractérise
par une grande hétérogénéité.
D’une
manière générale, la population active progresse dans les
services alors qu’elle régresse ou augmente moins vite ailleurs.
Les
activités du tertiaire sont créatrices de services :
commerce, administration, enseignement et transports réalisent
la production type de ce secteur.
Le
secteur tertiaire est plutôt considéré comme un secteur
de haute qualification. Il est également devenu un secteur
où l’emploi féminin est particulièrement développé.
Les
services étant avant tout de caractère personnel, ils ne
peuvent être stockés comme les marchandises. La qualité
est plus importante que la quantité et, de ce fait, production
et productivité y sont plus difficilement mesurables.
Le
tertiaire n’exige en général pas de gros capitaux et dans
les pays développés, il intéresse spécialement les travailleurs
indépendants.
2.
Les téléservices
2.1.
Définition - Description
Les
téléservices s’inscrivent dans une évolution de notre société
qui ne cesse de se "tertiariser", une société
toujours plus souple en matière d’organisation du travail
et de réglementation.
Si
à peine une entreprise sur cinq externalise à ce jour (ou
a externalisé) une partie de ses activités tertiaires, 30
% parmi toutes celles qui n’ont pas encore franchi le pas,
réfléchissent sérieusement à la question.
D’après
un sondage réalisé par la Sofres pour le compte de France
Télécom, la quasi-totalité des patrons considèrent l’externalisation
de certaines activités tertiaires de l’entreprise comme
un nouveau gisement de productivité et donc de rentabilité.
Conséquence :
la branche des téléservices devrait créer 50 000 emplois
d’ici l’an 2000.
Le
télésecrétariat à lui seul, qui comptait 2 000 entreprises
en 1994, soit deux fois plus qu’en 1991, devrait voir ses
effectifs multipliés par dix d’ici l’an 2000.
Toutefois,
des freins psychologiques ou culturels subsistent
et entravent l'essor des téléséservices en France.
C'est
ce que dénonce par exemple, Denis Haulin, Président directeur
général de Télergos[1]. Dans une interview
donnée au magazine Télétravail[2]
en 1997, il estime que « l’externalisation inquiète,
à tel point qu’il n’est pas rare de voir, en contrepartie
de réduction d’effectifs, un engagement formel à ne pas
s’adresser à ce type de sous-traitance. La révolution culturelle
n’a pas encore fait son chemin ». Pour autant, selon
lui, il n'y a aucune corrélation directe entre la tendance
actuelle à la réduction des effectifs dans les entreprises
et le développement des téléservices.
"Pour
certaines entreprises, il ne s'agit plus seulement de délocaliser
mais de distancer des activités sans nécessité de les fixer
nulle part". C'est ce que dénonçait en 1996 Renato
di Ruzza, directeur de recherches à l'Iseres[3].
La
logique de marché et la mondialisation des échanges nous
poussent à admettre que les provinces françaises sont concurrentes,
en terme de localisation de certaines activités tertiaires,
avec des Pays de l'Asie du Sud-Est, les pays de l'Est, du
Maghreb et du Pacifique Sud.
Ainsi,
depuis quelques années, le développement des activités de
services se fait également au profit des pays à faibles
coûts salariaux. D'après la DATAR, ces activités
"off-shore" pourraient
atteindre 50 milliards de francs en 2000.
En
effet, grâce à la fiabilité et à la baisse continue des
coûts de télécommunications, le champ d'action de ces "télétravailleurs
des tropiques" ne cesse de s'élargir : traitement de
texte, saisie de fichiers, d'annuaires, de volumineuses
banques de données (médicales, juridiques…), de catalogues,
traitement de questionnaires d'enquêtes, gestion de cartes
de crédit, opérations comptables, numérisation de plans
et cadastres…
D'après
une enquête du Journal Les Echos[4], au total et tous frais inclus,
le coût de la saisie rapportée au caractère avoisine 0,75
centime dans ces pays, contre 2,3 centimes en Europe.
Les
arguments économiques sont incontestables surtout lorsque
s'y ajoutent les avantages liés au décalage horaire (Thaïlande,
Corée du Sud et Malaisie).
En
1997 par exemple, l'Inde était de loin le premier fournisseur
de téléservices (400 sociétés, 2 000 personnes), suivie
par les Philippines (150 sociétés d'ingénierie, 5 000 personnes).
En
matière de délocalisation de téléservices, il convient également
de citer l'exemple des "call centers" qui
se développent actuellement en Ecosse. Le centre d'appels
est la forme d'utilisation la plus courante de l'assistance
téléphonique. En 1998, quelque 16 000 personnes travaillaient
dans les 120 call centers installés dans la région. Les
personnes qui y travaillent, participent le plus souvent
en plate-forme téléphonique à la réception d'appels pour
le compte de clients (renseignements, réservations, dépannage
informatique en hot-line…).
Banques,
assurances, deux des secteurs clés de l'économie écossaise,
concentrent de plus en plus une partie de leurs services
dans ces centres d'appels. Sont aussi concernées des compagnies
de voyage, des dépanneurs automobiles ou des entreprises
de média, les télécommunications, l'énergie, l'éducation
et la santé
L'avantage
des call centers est qu'une société peut, par ce
biais, centraliser ses services en un seul endroit, touchant
ses clients dans le monde entier, 24 heures sur 24.
2.2.
Les principales applications des téléservices
- Service
et support client 42 %
·
Service
client
·
Gestion
des comptes client
·
Déclaration
de sinistres
·
Services
d’urgence
·
Help
desk
-
Marketing Action commerciale 31 %
·
Réservations
·
Réception
des commandes
·
Prospection
– télémarketing
-
Production par téléphone 12 %
·
Etudes
de marché
·
Recouvrement
de dettes
·
Courtage,
achat
-
Vente d’information 7 %
·
Service
d’information
·
Renseignements
téléphoniques
-
Autres 8
%
·
Prise
de messages
·
Support
des équipes SAV
·
Planification
des rendez-vous
·
Divers
2.3.
Le marché des téléservices de demain
Si
le marché des téléservices semble en plein essor, il lui
faudra sans doute encore quelques années avant d’atteindre
sa pleine maturité.
Déjà
des tendances se précisent. Les analyses convergent :
le marché des téléservices est en pleine expansion. Fin
1994, déjà, le rapport Breton l’évaluait à 33 milliards
de francs et prévoyait un doublement de celui-ci d’ici à
l’an 2000.
En
1997, dans le magazine Télétravail cité plus haut,
des chefs d'entreprise témoignaient de leur optimisme en
constatant la forte demande de services à distance.
Cette
croissance est portée par une dynamique économique. « Les
téléservices permettent de vendre plus et mieux grâce à
une zone de chalandise, élargie et un accès 24 heures sur
24... ». Elle est aussi liée aux évolutions technologiques :
couplage téléphonie-informatique, explosion d’Internet,
commerce électronique, progrès en matière de numérisation
et de compression de données...
La
même année, on pouvait évaluer à 30 000 environ le nombre
de plates-formes téléphoniques d’entreprises affectées à
la relation clientèle, soit 50 000 emplois et 47,7 milliards
de francs de chiffre d’affaires[5].
Cette
externalisation se fait surtout au profit des grosses structures
bien équipées en informatique et en systèmes de télécommunication.
Mais avec l'optimisation des solutions techniques et la
baisse de leur coût, les marchés sont de plus en plus à
la portée des petites et moyennes entreprises du secteur.
De
l’avis général, les téléservices devront de plus en plus
intervenir en utilisant le maximum d’entrées (papier, téléphone,
minitel, Internet et autres réseaux), et savoir appréhender
pour une même entreprise tout un ensemble de services (informations,
secrétariat, bases de données, marketing...), offrant ainsi
à la société cliente une réponse globale.
Ceci
risque de se faire au détriment d’entreprises ancrées dans
une approche trop « mono-métier ». Il reste
en effet peu de place aujourd’hui aux téléservices à compétence
unique.
Ainsi
par exemple, on peut voir des sociétés de télésecrétariat,
proposer tout un éventail de compétences et de disponibilités
d’horaires. Il est vrai que le secrétariat apparaît comme
un secteur où l’externalisation devient nécessaire si l’on
veut avoir un travail de qualité dans un délai minimum.
Il
reste que ce choix dépend encore des bassins d’emplois.
Les grandes capitales régionales et la région parisienne,
offrent à cet égard le plus de personnel qualifié. En revanche,
grâce à la baisse des coûts des télécommunications, les
implantations dans des régions de faible activité est appelée
à se développer.
Sur
le marché international, les premiers regroupements commencent
à s’opérer. C’est ainsi qu'il y a deux ans, la société Lernount
& Hauspie Speech Products annonçait le rachat de deux
sociétés de traduction (l’espagnol Lexitrans et l’allemand
Translingua), et signait une déclaration d’intention pour
le rachat d’une troisième entreprise, milanaise cette fois.
Si
la technicité et la complexité croissante du secteur de
la télétraduction ont poussé à ce regroupement, il est encore
trop tôt pour en tirer des conclusions générales, ou tout
au moins une tendance. Le marché, en effet, est loin d’être
homogène |