|
Chapitre
3. ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES
1.
Le télétravail en France
Depuis
une dizaine d'années, le télétravail est, comme nous l'avons
vu, l'objet de représentations négatives et de craintes
dont la presse notamment a été l'écho. Cette médiatisation
trop forte par rapport à l'existant a été un frein à son
développement quantitatif en France.
1.1.
Quelques analyses et observations récentes au niveau national
A
la fin de l'année 1993, Thierry Breton dans son rapport
de synthèse, signalait déjà des difficultés pour quantifier
les télétravailleurs, tout autant que pour apporter une
définition officielle du terme "télétravail".
Depuis,
en l’absence d'indicateurs et d’un statut permettant
de recenser précisément les télétravailleurs, il est toujours
aussi difficile d'estimer avec précision, l'impact actuel
du phénomène en France.
Cependant
il est possible de travailler par approximations, de croiser
celles des différents observateurs, les pondérer et examiner
les chiffres des autres pays européens. Nous disposons également
de quelques études faites par des universitaires et quelques
grands acteurs qui observent le marché, ainsi que de quelques
sondages.
Selon
un rapport du conseil économique et social datant de janvier
1999[1], le nombre de travailleurs
à domicile aurait atteint environ 100 000 personnes
en 1997.Parmi cette population, moins de 10 % seraient des
techniciens, cadres moyens et supérieurs ou professions
libérales.
Quant
aux 60 % d’employés travaillant chez eux, la grande majorité
se consacre à des « services directs aux particuliers »,
tels que l’assistance maternelle, des travaux de repassage,
etc.
Les
statisticiens ont du mal à quantifier les "vrais"
télétravailleurs :
·
ceux
qui travaillent de chez eux ou dans un télécentre pour des
employeurs ou des clients auxquels ils sont reliés par télécommunication
;
·
les
indépendants, ces télétravailleurs libres souvent installés
dans les campagnes.
On
estime ainsi que les télésalariés seraient au nombre de
15 000 environ. Parmi eux, on trouve des assistantes de
direction, des agents administratifs ou des techniciens
de maintenance mais également des experts et des informaticiens.
En
conséquence, à partir de la définition la plus exhaustive
du télétravail, on peut avancer que la France compte au
moins 300 000 télétravailleurs. Tous les indicateurs annoncent
une progression maintenant plus forte et plus rapide qui
porterait ce chiffre à 500 000 dès l'an 2000.
La
première conclusion qu'il est possible d'avancer est en
fait une contradiction. Les experts prévoyaient dans les
années 1980 un fort développement du télétravail à distance.
Ces prévisions étaient erronées : la réalité des années
1990 le démontre. Le développement n'a pas été aussi fort
et rapide que prévu.
C'est
ainsi que les estimations faites par la suite, ont été beaucoup
plus prudentes, au point qu'elles se sont vues dépassées
par les premiers chiffres disponibles ces dernières années.
On
en arrive à l'observation et à la conclusion que même si
le travail à distance ne se développe pas en France aussi
rapidement que dans les autres pays du monde, on peut s'attendre
à une progression forte et rapide.
Selon
le dernier rapport sur le télétravail publié par la Commission
européenne (DG XIII), le pourcentage de foyers français
disposant d’un accès à l’Internet passera de 1,8 en 1997
à 16 en 2001. Pour 1999, il est de 5,5 : un chiffre
encore faible face aux 18,6 % du Royaume Uni.
Ainsi
la réalité le confirme : les Français découvrent et se familiarisent
avec les NTIC ; ceux qui travaillent en entreprise parviennent
plus facilement à travailler un peu plus chez eux et un
peu moins au bureau grâce au développement de l'informatique
familiale. Ils ne se coupent pas de l'entreprise, ils communiquent
avec elle.
Ceux
qui recherchent un emploi se tournent de plus en plus vers
l'autonomie et l'indépendance en créant leur propre activité,
car ils reçoivent davantage de propositions de collaboration
que d'embauche.
D’après
la Commission de Bruxelles, le programme gouvernemental
de modernisation de l’Etat pourrait jouer un rôle déterminant
dans le développement du télétravail en France, pays comptant
plus de cinq millions de fonctionnaires ou assimilés.
En
juillet 1998, ont paru les résultats de le première étude
de la Sofres sur le télétravail. Cette étude a été réalisée
sur Internet auprès d’une population a priori favorable
au télétravail. Une centaine d’entreprises et un échantillon
de 600 personnes ont répondu.
Elle
révèle que les premiers intéressés par le télétravail sont
la génération des 30-35 ans. D’après Patrick Hureau, Directeur
des Nouvelles Technologies à la Sofres « plus on avance
en âge, plus le télétravail devient attractif pour une population
en mal d’indépendance et possédant déjà un métier. Cette
population est aussi celle qui parle de son « malaise »
dans l’entreprise. Le désir de télétravail correspond
à une remise en question de la structure traditionnelle
de l’entreprise.
Des
solutions nouvelles et originales en matière d'hébergement
des télétravailleurs continuent d'apparaître.
Ainsi,
c'est à Pessac en Gironde, que le premier CyberVillage
français accueillera prochainement (septembre 1999)
ses nouveaux habitants[2].
Il
s'agit d'une opération en partenariat avec Bordeaux Unitec,
Bordeaux Technopolis, France Télécom et l'Efiprom. Le projet
est de créer une sorte de village conçu pour accueillir
des familles qui télétravailleront depuis des appartements
ou des maisons conçus pour cet usage. Une association CyberVillage
regroupe les habitants et les opérateurs.
Le
CyberVillage, proche du domaine de l'Université de Bordeaux,
s'organise autour d'une pépinière d'entreprises, d'un centre
de téléservices (permanence téléphonique, télésecrétariat…)
et propose maisons et appartements équipés par France Télécom.
1.2.
Enquête auprès des professionnels du travail à distance
(ANDT / NBC)
Cette
enquête a été réalisée sur Internet de mars à fin juin 1999
par l'Association Nationale pour le Développement du Télétravail
et de la Téléformation et le New Business Club.
Quelques
résultats significatifs :
·
Combien
de télétravailleurs ? Qui sont-ils ?
- 61
% des personnes qui ont répondu à cette enquête, télétravaillent.
- 52,63
% d'entre elles sont des femmes
-
Plus de 70 % appartiennent à la tranche des 30-50 ans
- Les
femmes sont plus jeunes : 53 % des 20-30 ans, et 62,96 %
des 30-40 ans
- 81
% des réponses viennent de province
- 67,65
% disposent d'un niveau d'enseignement supérieur
Il
ressort également que si le télésecrétariat se développe
de façon spectaculaire, c'est avec des personnes parfaitement
formées et d'un niveau sensiblement supérieur à celui rencontré
en entreprise.
·
Comment
travaillent-ils ?
- 52,82
% des télétravailleurs passent plus de 5 heures par jour
devant leur micro-ordinateur
-
Les
femmes représentent 50 % de cette population
- 91,18
% d'entre eux se connectent à Internet chaque jour
·
Où
télétravailler ?
Si
la majorité de la population concernée télétravaille uniquement
depuis le domicile, c'est surtout par manque de possibilités.
-
Le
concept du télécentre semble assimilé par la majorité des
télétravailleurs puisque 51,43 % savent ce qu'est un
télécentre et 37,14 % en ont entendu parler.
-
Pour
38,33 % (dont 78,26 % de réponses féminines) le télécentre
est d'abord un foyer de contacts professionnels
-
Pour
21,67 % le télécentre est une facilité offerte pour travailler
-
10
% considèrent que c'est une aide pour travailler
-
5
% pensent que c'est un accroissement de liberté
-
Les
femmes considèrent à 75 % que le matériel mis à disposition
dans les télécentres est un bon moyen de disposer d'un équipement
moderne sans devoir en gérer les investissements et l'entretien.
-
Dans
37,50 % des réponses (dont 62,96 % de réponses féminines),
un télécentre doit être proche du domicile
-
Pour
33,33 % des réponses, il doit se situer près d'un nœud de
connexion de transports en commun
-
20,83
% des choix placent le télécentre dans un cadre loin de
l'urbanisme (80 % de femmes)
Nous
retiendrons deux grandes tendances qui viennent valider
les options du projet de l'ORT
- le
télétravail professionnel français est d'abord féminin
Cette
enquête a le mérite d'être la première du genre dans notre
pays. En effet, il est à remarquer qu'à la différence du
Royaume Uni notamment, on ne disposait pas encore en France
d'éléments statistiques et d'études spécifiques sur le travail
à distance.
1.3.
Le télétravail en Midi Pyrénées
Les
chiffres font également défaut au niveau régional : il n'existe
pas à ce jour dans de statistiques officielles sur le développement
du travail à distance dans notre région. Toutefois, ce développement
(comme nous le verrons dans le chapitre VII Télétravail
et Internet) étant directement lié à l'intégration des
NTIC par les entreprises régionales et par les particuliers
en général, il est permis de penser que notre région et
plus particulièrement la métropole toulousaine, dispose
de tous les atouts pour suivre le train des mutations technologiques
et organisationnelles.
1.3.1.
Quelques expériences remarquables
Depuis
sept ans environ, des projets naissent, des initiatives
individuelles voient le jour, mais il semble qu'un nombre
restreint de ces tentatives aient pu s'inscrire dans la
durée.
C'est
en 1992, qu'est née la première expérience de télétravail
en Midi Pyrénées à Barequeville, petite commune du Rouergue
située à 20 kilomètres de Rodez. Didier RAYNAL, ancien cadre
toulousain, soutenu par la municipalité a lancé son projet
en 1992.
La
première exigence étant de recruter le personnel sur place,
il fait appel à l'ANPE de l'Aveyron pour trouver des informaticiennes
en PAO. Comme personne ne correspondait au profil, une session
de formation a été proposée à dix chômeuses dont six de
longue durée. Après 450 heures de formation, quatre ont
été recrutées par Didier RAYNAL.
Sa
société DRT (Didier Raynal Téléservices) a démarré
en 1993 avec un capital de 300 000 F proposant de sous-traiter
à distance tous travaux de PAO/DAO ainsi que la confection
de revues techniques.
Parmi
les initiatives réussies notamment en termes d'emplois et
qui font encore parler d'elles aujourd'hui, il faut citer
le cas de la société IGREC. Cette entreprise créée il y
a six ans près de Lavaur (Tarn) à l'initiative de Jean-Paul
DUVAL, est reconnue comme société de téléservices spécialisée
dans le recouvrement de factures. Elle emploie seize télétravailleurs
de la région de Lavaur ; s'y ajoutent cinq filiales installées
dans la France entière, ce qui représente au total cinquante
emplois créés.
Il
convient également de citer l'initiative du Conseil régional
Midi-Pyrénées qui dès 1994 a lancé un réseau de téléformation
baptisé PYRAMIDE. L'objectif visé était d'améliorer
la diffusion de la formation (autoformation, formation à
distance…) sur la région, et en particulier dans les zones
rurales. Ainsi 1 200 heures de formation ont été dispensées
en 1996 par le CNED (Centre national d'enseignement à distance),
le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), l'IPST
(Institut de la Promotion Supérieure du Travail) et l'université
Paul-Sabatier de Toulouse. L'enveloppe de le DATAR qui a
soutenu le projet a représenté 160 000 F pour un coût global
de 2,8 millions de francs.
D'autres
initiatives à plus petite échelle n'ont pas manqué également
de voir le jour ces dernières années. Il s'agit de petites
structures de téléservices et de télétravailleurs indépendants.
|