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Chapitre
2. HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT DU
TÉLÉTRAVAIL
DEFINITION
Le
télétravail est à la fois un concept ancien et une idée
à revisiter à l'heure même de la révolution numérique et
du développement des réseaux publics de communication comme
Internet.
Si
le concept de télétravail est évoqué dès 1950 par Norbert
Wiener dans son ouvrage The human use of Human Beings.
Cybernetics and society, il faut attendre les années
1970 pour que le télétravail devienne, au moins dans les
esprits, une option face au travail nécessitant la présence
dans l'entreprise.
1.
Histoire du développement du télétravail
1.1. Les
années 70
A
cette époque le rapport
Nora-Minc[1]
célèbre le mariage de l'informatique et des télécommunications
en même temps qu'il baptise cette union "télématique".
Dans la foulée de cette étude (dont les prédictions ne sont
pas encore toutes réalisées) naît et prend corps l'une des
premières réflexions sur le travail à distance devenu peu
à peu le télétravail.
D'autres
prédictions, tout aussi enthousiastes, sont émises à la
même époque par de nombreux chercheurs et praticiens vis-à-vis
des potentialités offertes par cette nouvelle forme de travail.
Combien de colloques, de séminaires, de groupes de travail
peuvent se tenir ou se constituer pour débattre de cette
question et pour démontrer à l'opinion publique que le télétravail
constitue l'un des remèdes miracles aux maux dont souffrent
déjà les économies occidentales.
Une
étude du Bell system de 1971 prévoit que tous les cadres
américains travailleront chez eux en 1990. Deux études en
1974, une japonaise, l'autre anglaise, indiquent respectivement
que 65 % des emplois tertiaires et 20 % des emplois globaux
pourront être tenus à distance.
Les
américains parlent de telecommuters
pour évoquer les possibilités de la téléinformatique qui
évitent en partie les trajets quotidiens de la maison au
travail et réciproquement. Jack Nilles, directeur du Programme
NTIC au centre du futur de l'Université de la Californie
du sud (UCLA), inventera en 1973 le mot de telecommuting.
Le
pays de la libre entreprise a une longue tradition de travail
indépendant à domicile[2]. Contrairement à la France, l'idée de
faciliter ces activités grâce aux télécommunications est
plutôt appréciée. Alvin Tofler renforce cette thèse dans
son ouvrage Le choc du futur en 1972 avec le retour
à "l'industrie familiale".
En
1978, la DGT (Direction générale des télécommunications),
aujourd'hui France Télécom, lancera des expériences de télétravail
en créant des agences de proximité., avec l'objectif de
s'offrir une vitrine et à terme de nouvelles formes de consommation
dans les télécommunications.
1.2. Les
années 80
En
1980, Jacques Delors, alors directeur du centre de Recherche
"Travail et société" de l'Université Paris-Dauphine
écrit :
"Notre
espoir est double : d'une part une rénovation du milieu
rural, d'autre part un couple habitat-travail différent
de celui de la deuxième révolution industrielle… quand on
veut diminuer les coûts d'énergie, de transport, de structures
immobilières, on diminue du même coup l'accès à l'information
et la sociabilité.
Le
télétravail peut-il permettre de rééquilibrer le territoire
français et éviter, comme nous le voyons aujourd'hui, que
certaines parties de la France ne se remplissent que deux
ou trois fois par an ?"
Les
travaux de recherche se multiplient sur les impacts des
nouvelles technologies de l'information et de la communication
(NTIC) sur les organisations.
Evoquant
cette forme de travail à distance, B. Brabet et J. Voge
en 1981, lors d'une conférence de l'IDATE (Institut pour
le Développement et l'Aménagement des télécommunications
et de l'Economie) parlent du télétravail qu'ils définissent
comme "activité professionnelle faisant intervenir
les moyens de télécommunications".
Dans
un contexte culturel bien différent des Etats-Unis, l'interprétation
d'un travail à distance grâce aux télécommunications va
donner lieu à une vision pauvre et injuste du phénomène.
Le travail à distance c'est d'abord le travail à domicile
ressenti comme marginalisation sociale, dans le droit fil
des imageries du XIXe siècle, de l'homme captif devant sa
machine à produire. Dès le départ, cette méprise va créer
un tort considérable à une idée, un concept d'organisation
en avance sur son temps.
A
la même époque, le décollage du secteur tertiaire et l'arrivée
des premiers équipements bureautiques et informatiques relancent
de nouvelles formes de travail à distance. Travail à domicile,
donc à distance…
En
République Fédérale d'Allemagne, en 1980, le Bureau Fédéral
du Travail estime à 20 000 le nombre de travailleurs
à domicile utilisant la bureautique. Des employés sont invités
à faire chez eux un travail répétitif de saisie de données.
L'irruption de ce phénomène inquiète les syndicats défavorables
au travail à domicile.
L'un
des précurseurs du télétravail en France, Pierre Bertaud,
crée sa première société PBS en 1979.
Il
s'agit d'une entreprise de traitement de textes à façon.
Elle travaille pour de grandes sociétés et compagnies d'assurances
qui externalisent une partie de leurs travaux de dactylographie.
Installée dans un premier temps à Paris, elle développe
sa clientèle dans la région parisienne. L'organisation de
sa production est simple.
Un
coursier collecte chez le client deux fois par jour des
cassettes dictées en même temps qu'il livre les textes prêts.
PBS, qui est un des premiers sur la place à fournir ce type
de service, constate aussi la difficulté de garder son personnel
de saisie.
Personnel
féminin dont le turn-over sur des machines de traitement
de textes spécialisées rend encore plus difficile la maîtrise
de la production.
Nous
sommes en 1979, c'est l'époque où l'Institut Auguste-Comte
lance une étude sur l'emploi à distance. Pierre Bertaud,
interviewé, met en évidence l'intérêt de sa formule pour
les entreprises et dans le cadre de l'entretien évoque l'hypothèse
de faire travailler ses dactylos en province. L'Institut
déclare alors dans son rapport, que PBS travaille "à
distance de ses clients".
A
la même époque, sous la pression des acteurs sociaux qui
voient d'un mauvais œil la possibilité d'une relance du
travail à domicile grâce aux télécommunications, le secrétaire
d'Etat chargé de la condition des travailleurs manuels va
inciter le gouvernement à revoir le statut du travail à
domicile.
En
juin 1980, M. Barre, alors Premier Ministre, demande à G.
Braun, député des Vosges, un rapport évaluant l'impact des
la télématique sur le travail à domicile. La portée médiatique
donnée aux conclusions d'un rapport intéressant, mais qui
ne concerne qu'une très faible partie des actifs, va être
catastrophique.
Malgré
les précautions introductives du député dans sa lettre d'accompagnement
et dans son rapport qui sera remis quelques mois plus tard
-"… la notion du travail à domicile n'est qu'un aspect
du travail à distance et doit également être distinguée
du télétravail…"- la confusion s'établit et suscite
le refus : télétravail ou travail à distance = travail à
domicile.
La
même année, une collaboratrice de PBS originaire de la Meuse,
rencontre au cours d'une réunion privée un futur ministre
des Postes et télécommunications, Gérard Longuet, député
et membre du Conseil Général. Il insistera auprès de cette
collaboratrice pour lancer une première initiative de délocalisation
de la production des établissements PBS.
C'est
chose faite en 1981, lorsque Pierre Bertaud installe une
première unité de production à Demange-aux-Eaux, dans la
Meuse. L'organisation de la production reste inchangée.
Un coursier assure une liaison journalière en voiture pour
récupérer les cassettes et livrer les travaux finis.
Le
travail est impeccable, les frais généraux et, par contrecoup,
les prix sont maîtrisés ; les salaires, motivants pour la
Meuse, stabilisent le personnel en sécurisant la production.
Mais
quoi qu'en dise une presse un peu hâtive, si PBS a délocalisé
une partie de sa production en Meuse, PBS ne fait pas de
télétravail. Il faudra attendre 1987 pour que PBS commence
à s'intéresser à un retour –c'est-à-dire une livraison –
des textes finis par téléimpression pour certains de ces
clients.
En
1981, le milieu bancaire est en pleine transformation :
dématérialisation des titres et de la monnaie, et croissance
rapide des transactions électroniques. Outre-Atlantique,
la Continental Illinois Bank de Chicago (disparue aujourd'hui)
est souvent citée comme exemple de télétravail pour avoir
installé un télélocal à 20 km de Chicago, dans un de ses
centres de formation.
A
cette époque, il s'agit d'un centre de traitement à façon
assurant le post-marquage et le tri des chèques ainsi que
le traitement des effets. Les traitements sont assurés par
les élèves, des vacataires sont payés à la tâche sur des
machines de traitement de textes et deux permanentes seulement
travaillent à domicile sans être en liaison télématique.
Peut-on parler de télélocal pour un lieu qui est en réalité
un centre de formation et sans liaison spécialisée ?
En
1985, le rapport de fin d'étude de FAST (organisme d'étude
dépendant de la Cce) sur le travail à distance en milieux
urbain et rural européen ne permettra pas de dissiper les
imprécisions soulevées par les nombreuses définitions du
télétravail.
La
confusion sera à son comble quand l'irruption des technologies
modifiera le champ des applications de la délocalisation
: il n'y aurait pas délocalisation du travailleur mais du
service. Exemple en est le cas des services de télédépannage
et de télésurveillance.
L'employé
continue à aller au siège de son entreprise au lieu de se
déplacer chez son client. Le service s'établit à distance
et économise des déplacements (grand argument du télétravail).
L'agent qui va virtuellement chez son client est-il un télétravailleur
?
En
1983, tentant d'exprimer l'idée de décentralisation, de
délocalisation associée au travail à distance, le Petit
Larousse donne cette définition du télétravail : "organisation
décentralisée des tâches, les travailleurs les accomplissant
à distance grâce à l'utilisation de la télématique".
Aux
Etats-Unis, l'inventeur du telecommuting, Jack Nilles,
insiste, sur l'idée d'un lieu satellite "construit
ou mis à disposition près du domicile des télétravailleurs…
par la firme qui les emploie".
En
1985, à l'occasion d'une journée sur le télétravail, à l'AFCET[3], il est rappelé que
si l'étymologie de télétravail est "un travail effectué
à distance", le préfixe télé lui confère un
autre sens : celui du travail exécuté par l'intermédiaire
des nouvelles technologies de la communication.
1.3. Les
années 90
En
France, Le début de la décennie est marquée par les appels
à projets lancés et aidés par la DATAR et par le Rapport
Breton. Tous deux ont permis de montrer le chemin parcouru
et le passage des rêves futuristes aux réalités quotidiennes.
L'Europe
entière investit dans des missions de recherche sur le télétravail.
La commission de l'UEE a notamment confié une étude sur
l'analyse des contraintes du développement de ce nouveau
mode de travail dans les pays de la Communauté, à des économistes
et juristes spécialisés dans le domaine des nouvelles technologies.[4]
1.3.1.
Le Rapport Breton
C'est
en 1993 que le Premier Ministre, Edouard Balladur, demande
à Thierry Breton, délégué interministériel auprès du Ministère
de l'Intérieur et du Ministère des Entreprises, un rapport
sur la faisabilité et les conditions de développement du
télétravail.
D'après
la Mission télétravail dirigée par Thierry Breton, le télétravail
ne concerne à l'époque que 16 000 personnes. Elle prévoit
qu'il devrait y avoir entre 150 000 et 200 000 télétravailleurs
en l'an 2000, et entre 300 000 et 500 000 en 2005.
Thierry
Breton précise également que le "télétravail ne se
répandra pas à la vitesse de pénétration des nouvelles technologies,
mais à la vitesse de diffusion des nouveaux modes d'organisation".
Autrement
dit, la vitesse plus ou moins rapide du développement du
télétravail dépendra de l'apparition de nouveaux facteurs,
telle qu'une politique publique incitative ou encore une
évolution plus rapide des mentalités sous des contraintes
extérieures.
Le
télétravail induit une révolution dans le mode d'organisation
du travail. Pour Thierry Breton, il est fort probable que
les mentalités évolueront moins vite que les outils techniques
au service du télétravail. Si le télétravail a un avenir,
son développement ne se fera que lentement, au rythme de
notre perception de ce qu'est "la façon de travailler".
Dans
son rapport, Thierry Breton analyse enfin le développement
du télétravail tel qu'il a pu être constaté au cours des
derniers mois. Ce phénomène est dû à la conjonction de plusieurs
facteurs : conjoncturels, structurels, liés à l'aménagement
du territoire et à l'évolution technologique.
a)
Les facteurs conjoncturels
La
récession économique contraint la plupart des entreprises
à revoir de façon significative le poids et la structure
de leurs charges. Cela conduit les décideurs à repenser
leur organisation et les oblige à procéder à des restructurations,
avec le souci d'augmenter la flexibilité dans l'organisation
du travail.
b)
Les facteurs structurels
La
tertiairisation de l'économie s'est accentuée au
cours des années 80. Nous sommes entrés dans une phase que
certains analystes économiques qualifient de postindustrielle.
Les entreprises ont déjà sensiblement optimisé la productivité
de leurs activités industrielles. Elles sont contraintes
maintenant d'accroître la compétitivité de leurs activités
tertiaires. C'est sur ces dernières que la compétitivité
internationale portera dans l'avenir.
A
cette tertiairisation de l'économie s'ajoute la nécessité
toujours plus grande d'être de plus en plus proche des consommateurs
ou de l'utilisateur final. Cette évolution concerne non
seulement les entreprises mais aussi les administrations,
les collectivités locales et plus généralement les Etats
dont l'objectif des prochaines décennies sera d'accroître
par tous les moyens l'efficacité.
c)
Les facteurs liés à l'aménagement du territoire
Outre
ces nouvelles contraintes structurelles et conjoncturelles,
la France doit également faire face à un déséquilibre
de ses territoires. En effet, 40 % de la population
occupe moins de 1 % de l'espace de notre pays. La concentration
en Ile-de-France a eu tendance à se renforcer encore ces
dernières années.
En
1989, dans une enquête de Bossard consultants, on note que
lors de changements de localisation des sociétés, pour 20
transferts vers la région parisienne, on ne compte que 5
départs vers la province. De plus, les activités généralement
délocalisées vers l'Ile-de-France sont des activités tertiaires.
Les
coûts directs du travail dus à la congestion des grandes
métropoles sont de moins en moins supportables pour l'entreprise.
Le
coût des transports est également un facteur important.
Ainsi sur les voies rapides d'Ile-de-France, le nombre de
milliers d'heures par kilomètre d'embouteillage est passé
de 253 en 1981 à 610 en 1989, soit un accroissement moyen
annuel de 11,8 %.
Un
dernier facteur déterminant est celui des salaires. Le salaire
moyen dans le secteur des services en 1989 est d'environ
120 000 F par an en région parisienne, et d'environ 97 000
F par an en province.
d)
Les facteurs liés à l'évolution technologique
Les
progrès technologique de l'informatique, des télécommunications
et de la bureautique ainsi que la baisse des coûts font
qu'il n'y a plus au début des années 90 d'obstacle technique
ni même économique au développement du télétravail. De plus,
la numérisation généralisée du réseau de télécommunication
français, associée à la baisse des coûts des télécommunications,
permet de localiser des activités sur l'ensemble du territoire.
1.3.2.
Les appels à projets de la DATAR
De
1990 à 1993 la DATAR (Délégation à l'Aménagement du Territoire
et à l'action Régionale) lance trois appels à projets successifs.
Le
but de la DATAR, est de délocaliser des tâches à l'échelle
du territoire de la France, d'une grande ville vers une
autre, d'une grande ville vers sa banlieue, d'une zone urbaine
vers son arrière-pays rural.
C'est
ainsi que les experts de l'aménagement du territoire comptent
protéger, voire reconstituer, le tissu social des zones
fragiles, et décongestionner les métropoles.
Le
premier appel à projets, plus large que le télétravail et
principalement axé sur la formation (enseignement à distance,
utilisation du câble…) est lancé en 1990. Il s'intitule
"Nouvelles techniques d'Information et de communication
et services innovants pour l'aménagement du territoire".
Le
deuxième appel à projets lancé fin 1992 avec la participation
de France Télécom et le soutien de la CEE, s'intitule "Télétravail,
nouvel aménagement du territoire et compétitivité économique".
C'est
fin 1993 qu'est lancé le troisième appel à projets, baptisé
"Le télétravail : outil pour l'emploi et la reconquête
des territoires".
1.3.3.
Des évolutions, des expériences encourageantes
Pendant
cette même période, en France, de nombreuses sociétés de
télétravail se sont créées pour proposer à des clients des
téléservices, tandis que des entreprises de taille variée
n'ont pas hésité de leur côté à délocaliser un certain nombre
de leurs effectifs ou à inciter certains de leurs agents
à travailler à domicile.
Il
est vrai que la Loi Madelin du 11 février 1994 vise
à favoriser l'essor du télétravail indépendant. Trois statuts
sont désormais possibles pour le télétravailleur à domicile
:
·
salarié
de droit commun si le travail à domicile ne constitue
qu'une modalité d'organisation de l'entreprise ou si les
conditions d'exécution de sa tâche montrent une subordination
juridique ;
·
travailleur à domicile
au sens juridique s'il exécute un travail pour le compte
d'un ou plusieurs établissements industriels, commerciaux
ou agricoles avec une rémunération forfaitaire et sans être
immatriculé comme artisan ou commerçant ;
·
travailleur
indépendant depuis
la loi Madelin, s'il est immatriculé comme tel ou s'il est
indépendant dans les faits (choix des clients, possibilité
de refuser des commandes, fixation des prix et des délais,
prise en charge des risques de l'entreprise.
En
1995, on estime à plus de deux millions les Français qui
partagent leur temps de travail entre domicile et bureau.
En
janvier 1997, d'après le Journal Les Echos, on peut recenser
plusieurs dizaines de milliers de télétravailleurs salariés,
essentiellement dans quelques grandes entreprises de l'informatique
et de l'électronique. 70 % des français croient en l'avenir
du télétravail et 57 % d'entre eux accepteraient de
l'envisager.
On
assiste également cette année-là, au démarrage des premiers
bureaux de voisinage en région Ile-de-France. Ce
projet entre dans sa phase opérationnelle avec l'inauguration
du premier de ces centres à Provins. Il est l'œuvre du conseil
régional d'Ile-de-France et du CATRAL (agence régionale
pour l'aménagement du temps), de la RATP et d'un pool d'industriels
parmi lesquels Digital, Microsoft et Gemplus.
Grâce
aux bureaux de voisinage, les employés peuvent accéder à
des postes de télétravail personnalisés équipés des moyens
de communication les reliant à leur entreprise.
La
nouveauté tient au système de gestion de ces sites : un
abonnement flexible, à l'heure ou au mois, un seul compte
pour l'entreprise, une possibilité d'accéder à n'importe
quel bureau de voisinage en Ile-de-France et une personnalisation
par carte à puce.
Le
maintien en banlieue de ces employés doit alléger les déplacements
urbains de 7,5 % économisant 160 000 heures de transports
quotidiens.
Autre
expérience particulière que celle du télespace du Vercors,
télécentre opérationnel depuis octobre 1996 avec l'adhésion
des élus des 7 communes du district. L'objectif est d'utiliser
les nouvelles technologies de d'information pour retenir
les habitants, les jeunes en particulier, sur le plateau
du Vercors et attirer une nouvelle population.
Le
télécentre est un espace "intelligent" de 500
m² équipé d'infrastructures de télécommunication (salle
multimédia, visioconférence, centre serveur, réseau informatique).
Il est conçu pour accueillir des salariés d'entreprises
mais aussi des consultants indépendants et des sociétés
de téléservices.
Citons
aussi une expérience remarquable de télétravail aux Etats-Unis,
dans le cadre des Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996.
La capitale de la Georgie est devenue pour quelques semaines
celle des Jeux Olympiques en accueillant 2 millions de visiteurs.
Le Comité d'organisation a demandé aux autorités locales
de réduire de moitié le trafic urbain.
C'est
ainsi que 100 000 Atlantais ont participé, avec des dizaines
d'entreprises concernées, à la plus vaste expérience de
télétravail au monde. En posant 500 lignes téléphoniques
supplémentaires, la société locale de téléphonie a permis
à plus de 1 500 employés de télétravailler chez eux, d'envoyer
leurs messages électroniques et leurs télécopies par des
réseaux spéciaux installés à leur intention.
1.3.4.
Des obstacles, des réticences au développement du télétravail
En
France et en Europe de façon générale, malgré des expériences
probantes le télétravail a du mal à décoller.
Certains
s’interrogent : « Faut-il avoir peur du télétravail,
qui déshumaniserait le salarié ? Ou faut-il, au contraire,
y voir le remède à tous les maux d’une société en proie
au chômage et au mal de vivre ? ».
C’est
à partir de ces questions que la revue Sciences et Vie mènera
son enquête en septembre 1997. L’introduction de cet article
est particulièrement éloquente et révèle la prudence et
la suspicion qui entourent le développement de cette nouvelle
organisation du travail.
« C’est
l’Arlésienne des temps nouveaux, la marotte futuriste très
en vogue auprès des “cybermanagers” branchés, des sociologues
et des syndicats : dans la foulée des téléachat, téléloisir,
téléculture et autre télérestauration, voici le télétravail.
A en croire ces thuriféraires, ce serait le mode de travail
du XXIe siècle, conciliant contraintes économiques et aspiration
à une vie meilleure. Pas du tout rétorquent ses adversaires :
le télétravail, c’est la garantie d’un retour au Moyen Age,
un aller simple vers la précarisation.. »
En
1997 on compte à peine un million d'adeptes en Europe, alors
qu'aux Etats-Unis, le nombre de télétravailleurs dépasse
la barre des 5 millions.
Ainsi,
si cette nouvelle forme de travail s'avère pour certains
un "formidable outil de communication", d'autres
expriment de nombreux blocages :
·
le
télétravail n'est pas un nouveau créneau, il ne répond
pas à un nouveau besoin du consommateur. Il s'agit d'abord
d'un transfert, d'un déplacement de postes de travail, mais
pas de création nette.
·
il
ne permet pas de réaménager le territoire et d'insuffler le "retour au pays"
dans une région sans infrastructure. A la limite, le télétravail
peut entraîner un transfert d'emplois vers des pays en voie
de développement (comme la saisie à Singapour et la programmation
en Europe de l'Est).
·
les
managers sont réticents :
dans les grandes entreprises, comme chez EDF-GDF, de nombreuses
demandes émanent des salariés mais les responsables de service
n'apprécient pas un système qui pourrait sonner le glas
de la hiérarchie. Les télétravailleurs ont, en effet, moins
besoin de contrôle que d'un contact principal avec l'extérieur
et d'une assistance en cas de panne.
·
il
subsiste de nombreux problèmes juridiques : dans
quelle mesure la relation de subordination du salarié télétravailleur
est-elle maintenue s'il n'est pas présent sur le lieu de
travail ? Quelles sont les obligations de l'entreprise vis-à-vis
du télétravailleur ? Comment règle-t-on les problèmes d'accidents
? L'employeur peut-il imposer le télétravail ? Comment
quantifier le travail fourni par un salarié hors les murs
de l'entreprise ? En outre, la technique et les besoins
des entreprises évoluant plus vite que les textes, n'est-il
pas prématuré de légiférer sur une statut propre au télétravailleur
?
·
rares
sont les personnes équipées : à l'heure du Net, peu
de foyers français sont équipés. Le phénomène de l'Internet
ne connaît pas encore en France l'engouement dont les autres
pays font preuve.
Ainsi,
malgré les promesses dont le télétravail est porteur, on
peut conclure que son développement doit s'organiser tant
sur un plan juridique que technologique et idéologique.
2.
Des définitions pour une définition
Comme
nous venons de le voir, télétravail et téléservices sont
des phénomènes récents et en évolution rapide. De plus leur
développement est étroitement lié et il nous semble difficile
de les dissocier.
Il
existe différentes acceptions du terme télétravail (le tableau
de la page suivante en reprend quelques-unes). Télétravail
et téléservices sont deux concepts séparés.
Le
télétravail correspond à une nouvelle forme d'organisation
du travail et concerne une personne affectée par cette nouvelle
organisation. Cette personne exerce le même métier qu'auparavant
mais son poste de travail, pour tout ou partie de ses activités,
a été "déporté" de son lieu habituel. Elle est
donc éloignée de son supérieur hiérarchique et communique
avec ses collaborateurs par l'intermédiaire des NTIC.
Les
téléservices se définissent comme des services professionnels
fournis à distance et où les NTIC s'imposent comme premier
facteur de production. Le recours aux téléservices correspond
à la volonté de l'entreprise donneuse d'ordre d'externaliser
certaines activités pour mieux se consacrer à son activité
principale. Il n'y a pas de lien de subordination entre
le donneur d'ordre et l'exécutant.
Toutefois,
c'est en cherchant à définir le terme de télétravailleur
que nous avons ouvert notre définition au champ des téléservices.
En
effet, on ne peut, nous semble-t-il, restreindre le télétravailleur
à la personne salariée d'une entreprise ou à l'agent d'une
administration qui travaille à distance de son établissement
principal au moyen des nouveaux informatiques et de communication.
QUELQUES
DÉFINITIONS DU TÉLÉTRAVAIL
Thierry
BRETON en collaboration avec le cabinet juridique Service
Lamy (dans "le télétravail en France", 1994)
"...
Le télétravail est une modalité d'organisation et/ou d'exécution
d'un travail exercé à titre habituel, par une personne physique,
dans les conditions cumulatives suivantes :
-
d'une part, ce travail s'effectue :
·
à
distance, c'est à dire hors des abords immédiats de l'endroit
où le résultat de ce travail est attendu ;
·
en
dehors de toute possibilité physique pour le donneur d'ordre
de surveiller l'exécution de la prestation par le télétravailleur
;
-
d'autre
part, ce travail s'effectue au moyen de l'outil informatique
et/ou des outils de télécommunications ; il implique nécessairement
la transmission au moyen d'une ou de plusieurs techniques
de télécommunications au sens de l'article L32 du code des
Postes et Télécommunications, y compris au moyen de systèmes
informatiques de communication à distance :
·
des
données utiles à la réalisation du travail demandé ;
·
et/ou
du travail réalisé ou en cours de réalisation..."
Thierry
BRETON (dans "les téléservices en France", 1994)
Les
téléservices concernent "toute prestation de service
à valeur ajoutée, entre entités juridiques distinctes, utilisant
les outils de télécommunications.
Champ
d'application :
·
Téléservices
fonctionnels (télésecrétariat, saisie, PAO, traduction,
gestion, conseil...)
·
Téléinformatique
(ingénierie, développement, assistance, gestion de parcs,
facilities management...)
·
Télésurveillance
(locaux, réseaux, équipements, process industriels...)
·
Téléenseignement
·
Télémédecine
·
Téléservices
aux particuliers".
CATRAL
dans le rapport de communication sur les bureaux de voisinage
"
Le" travail à distance" ou "télétravail"
est une nouvelle modalité d'exécution du travail réalisé
à distance qui utilise les modes de communication électroniques,
informatiques et télématiques. Le travail à distance peut
concerner tout type de salariés, à temps plein ou à temps
partiel, qualifié ou non ainsi que les travailleurs indépendants.
Le
travail à distance est un mode d'organisation du travail
interne à l'entreprise, les téléservices représentent une
offre marchande de services. Exemples : saisie informatique
de données, écritures comptables, frappe de rapports et/ou
d'études, traduction de textes, frappe de courriers, etc..."
Bruno
Lemaire, professeur à HEC (dans "les mutants",
1996)
"Un
télétravailleur est quelqu'un qui travaille en utilisant
à distance les ressources de son entreprise... La notion
de télétravailleur est presque indissociable d'entreprise
en réseau et d'entreprise éclatée... Le télétravail implique
à terme des formes de rémunération davantage liées aux résultats
qu'au temps passé. D'où la nécessité de critères d'évaluation
les plus précis et les plus objectifs possible..."
Ce
serait sortir du champ de notre étude tous les travailleurs
indépendants spécialisés dans les activités de services
aux entreprises. Ces nouveaux travailleurs ou "cybertravailleurs"
indépendants qui savent mettre à profit toutes les possibilités
offertes par la technologie, sont bien des télétravailleurs
au même titre que les salariés qu'ils peuvent remplacer.
Ce
serait également exclure les téléservices et notamment les
personnes travaillant dans une entreprise de téléservices
pour des clients externalisés géographiquement ainsi que
les télécentres.
Aussi
avons-nous choisi d'adopter la définition proposée par le
CRTTA (Centre de Ressources sur le Télétravail et les Téléactivités
en Auvergne).[5]
Cette
définition est la suivante : "Le télétravail est un
mode d'organisation qui permet à une société preneuse d'ordre
ou à une personne physique employée par la structure donneuse
d'ordres, de réaliser une tâche externalisée géographiquement
de cette dernière, en utilisant pour la passation et/ou
la rétrocession du travail des moyens de communication qui
permettent le transfert des données".
Une
personne peut être appelée télétravailleur si elle remplit
les deux conditions suivantes :
·
elle
utilise les NTIC pour communiquer avec ses différents partenaires
(clients, fournisseurs, collaborateurs, supérieur hiérarchique…)
·
elle
exerce son activité (ou une partie de son activité) dans
un autre lieu que celui où est basée la personne qui attend
le résultat de son travail (supérieur hiérarchique ou client).
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